Le maternage :
Plus on lit de textes sur le maternage, plus on en vient à se demander la signification réelle de ce mot : l’art d’être mère ou tout simplement les soins et l’attention portés à un enfant ?.
Le maternage est l’ensemble des pratiques utilisées par les mères pour s’occuper au mieux de leurs bébés.
Pratiques qu’elles enrichissent par leur expérience et se transmettent pour savoir comment répondre aux besoins de leur enfant.
Depuis toujours, l’art d’être mère se transmet dans tous les pays du monde de mère en fille, entre sœurs, entre femmes.. . Toutes les mamans du monde chantent et bercent leurs petits pour les endormir .
Il n’y a peut être pas de réponse unique
Cet art se transmet, bien sur, mais heureusement, notre instinct de mère peut aussi nous permettre de materner naturellement, sans avoir besoin d’apprendre...
Pour continuer sur cette piste de réflexion , voici deux extraits qu'ils nous a semblé pertinents . Bonne lecture !

Extrait de
the science of mother love : is science catching up to mother's wisdom ?"
Mothering march-april 2003
De plus en plus de travaux constatent que la façon dont les bébés sont maternés déterminera non seulement leur développement émotionnel, mais aussi la maturation biologique de leur système nerveux central. La nature de l'amour, et la façon dont il se développe, est devenu un sujet d'études depuis une décade, dans des disciplines aussi diverses que la neurologie, la psychiatrie, la biologie, l'éthologie, l'anthropologie et la neurocardiologie. La principale conclusion de toutes ces études est que le cerveau de l'enfant est modelé par son environnement. Le bébé naît avec un équipement de base, mais l'environnement, et en particulier celui des premiers mois, jouera un rôle crucial dans la façon dont se développera le système nerveux.
Dans son livre, L'amour scientifié, le Dr Michel Odent explique comment une hormone hypophysaire, l'ocytocine, est impliquée dans les comportements d'amour. Cette hormone stimule les contractions de l'utérus pendant l'accouchement, puis déclenche l'éjection du lait pendant l'allaitement. L'ocytocine est impliquée dans toutes les facettes de l'amour, depuis l'acte sexuel jusqu'au partage d'un repas entre amis. L'ocytocine fait partie d'un équilibre hormonal complexe. Une sécrétion soudaine d'ocytocine induit une impulsion d'altruisme qui sera dirigée de façon différente suivant le contexte hormonal. Par exemple, en présence d'un taux élevé de prolactine, cette impulsion sera dirigée vers le bébé.
Si l'ocytocine est l'hormone de l'altruisme et la prolactine celle du maternage, les endorphines constituent notre « système de récompense ». Chaque fois que nous faisons quelque chose qui est bénéfique pour la survie de notre espèce, nous sommes récompensés par la sécrétion d'endorphines, dit Michel Odent. Pendant l'accouchement, leur taux s'élève, et après la naissance il est très élevé chez la mère et le bébé, afin de créer un état de « dépendance » entre la mère et son bébé, qui assurera un attachement fort. Toute situation où le lien mère-enfant ne se crée pas est probablement en rapport avec une anomalie au niveau de la sécrétion des hormones appropriées. La partie de notre cerveau impliquée dans ces processus est le système limbique, siège des émotions, équivalent du cerveau reptilien. L'allaitement, le portage et le co-dodo, pratiqués par la plupart des mères vivant dans un pays non industrialisé, et de plus en plus dans les pays industrialisés, permettent deux des composantes principales nécessaires à l'attachement mère-enfant : la proximité et le toucher.
Le nourrisson est très immature, et a besoin de la proximité immédiate et permanence d'une personne qui prendra soin de lui. Porter un enfant est bon pour son cerveau. C'est aussi bon pour son coeur. Des études ont constaté que des cellules cardiaques isolées fibrillaient. Mais si 2 cellules cardiaques étaient mises en contact, elles se synchronisaient et battaient à l'unisson. On a aussi constaté que la plupart des mères portaient leur enfant du côté gauche, du côté de leur cour. Certains auteurs estiment que les battements du coeur de la mère, perçus par l'enfant, ont un impact sur le coeur de l'enfant et sur son cerveau, ainsi que sur le cerveau de la mère, par le biais d'une hormone, l'ANF, produite par le coeur.
La carence de contacts physique a un impact désastreux sur le développement des jeunes enfants. Le toucher est indispensable à la santé. Une carence en contacts physiques induits la sécrétion d'hormones de stress, qui pourront endommager définitivement certaines structures cérébrales, et induire dépression, violence, toxicomanie, anomalies du système immunitaire. Depuis la préhistoire, les bébés ont habituellement bénéficié d'un contact physique plus ou moins constant avec leur mère ou avec une autre personne pendant leur première année ; depuis les temps les plus reculés, les bras de la mère sont le lieu où sont les bébés la plupart du temps, l'endroit où ils dorment, où ils mangent, où ils sont transportés. Pendant les mois qui suivent la naissance, les neurones du cerveau du bébé forment un nombre considérable de connections ; le nombre de synapses culmine aux alentours de 2 ans. Une des choses les plus cruciales pour le bon développement neurologique est le toucher. Tous les mammifères semblent le savoir instinctivement, et la mère reste en permanence avec ses petits autant que faire se peut. A la naissance, la taille du cerveau représente seulement 25% de sa taille adulte. L'augmentation importante de la taille du cerveau chez le bébé serait la raison pour laquelle le petit humain naît aussi immature, à un moment où sa tête peut encore passer par le canal vaginal. Ashley Montagu estime que la gestation humaine est d'environ 18 mois : 9 mois dans l'utérus, et 9 mois en « extérogestation ». Pendant ces 9 mois hors de l'utérus, le petit a un besoin vital de contact physique. Toutes les femelles mammifères lèchent vigoureusement et régulièrement leurs petits, afin de les stimuler.
Le lait maternel est de l'amour liquide. L'allaitement apporte à l'enfant l'aliment qui lui est parfaitement adapté, ainsi que le contact physique étroit dont il a besoin. Le lait humain apporte des nutriments spécifiquement adaptés à la croissance du cerveau humain. Qui sait quel impact peut avoir un aliment non prévu par la nature sur la mise en place de comportements dépressifs, violents ou asociaux, parce que le cerveau n'a pas reçu les nutriments qui étaient nécessaires à son développement harmonieux ?
Une équipe a décrit la régulation limbique, la synchronisation des échanges hormonaux entre la mère et l'enfant. Notre physiologie n'est pas totalement indépendante. La présence des autres favorise notre santé physique et émotionnelle. La régulation limbique règle l'interdépendance sociale chez les mammifères de tous âges, mais les jeunes ont particulièrement besoin de cette régulation, sans laquelle leurs rythmes physiologiques ne fonctionneront pas correctement. Elle a un impact sur les taux d'hormones, la fonction cardiovasculaire, les rythmes de sommeil, le système immunitaire. Lewis et al pensent que le rythme cardiorespiratoire de la mère joue un rôle important dans la régulation des rythmes physiologiques de l'enfant.
Nos sociétés occidentales valorisent l'indépendance, et ont oublié que l'interdépendance joue un rôle important dans notre physiologie. Tout particulièrement chez les enfants. Ces derniers ont besoin d'une période de dépendance. Mais notre culture déprécie les relations interpersonnelles, et ne reconnaît pas l'importance et la valeur du lien mère-enfant. La capacité de la mère d'être en symbiose avec son bébé est plus vieille que l'espèce humaine, et elle est essentielle à notre survie, à notre santé et à notre bonheur. Ce contact étroit génère la sécrétion d'endorphines, qui renforcent l'amour réciproque. Si l'enfant n'obtient pas auprès de sa famille les relations étroites dont il a besoin, son cerveau sera « en manque d'endorphines », et il sera tenté de compenser ce manque par l'alcool ou les drogues. Plus nous en apprenons sur l'amour, et plus l'importance du lien mère-enfant et la nécessité de le protéger et de le favoriser deviennent évidentes.
© LLL France
.
Extrait de:
"Le monde du maternage" de Anne Reymaekers(Licenciée en sciences familiales)
Les pratiques de maternage relèvent de techniques qui se transmettent de façon traditionnelle propre à chaque société. Le maternage a pour but d’assurer au nourrisson les soins et la protection nécessaires à sa survie. Les études transculturelles montrent que, dans toutes les sociétés, les mères sont très vigilantes pour le bien-être de leur bébé.
Que ce soit dans notre monde moderne ou dans les sociétés dites “primitives”, le maternage reste principalement une affaire de femmes. Pour certains auteurs, l’aptitude à materner provient des expériences précoces de la relation mère-fille. Cette même attitude est souvent inhibée chez les garçons. Le “maternage” partagé entre le père et la mère tel qu’on le voit de plus en plus risque de rompre avec cette tradition.
La comparaison des techniques de maternage à travers différentes cultures permet de relever des points communs et des différences dans la stimulation précoce du bébé et dans le lien mère-bébé. Il se dégage des “styles culturels” de maternage qui varient selon les cultures.
De nombreuses études ont mis en évidence l’avance motrice des bébés africains lors des premiers mois de la vie, puis une stagnation de leur développement au cours de la deuxième année. Cette précocité sensori-motrice s’explique par le mode de maternage traditionnel où le bébé est porté sur le dos de la maman et allaité à la demande. Le ralentissement aurait pour cause le traumatisme de la séparation et du sevrage, plus ressenti dans de telles conditions de vie des nourrissons.
Une étude menée chez les Kipsigis, une tribu du Kenya, a montré comment les mères y apprennent à leur bébé à s’asseoir, à se tenir debout et à marcher. Ainsi, ces mères creusent un trou dans le sol et calent le dos du bébé avec du sable. Ce bébé passe 60% de son temps assis. Ces mères font aussi sauter leur enfant dès l’âge de 1 mois sur les genoux afin de favoriser l’acquisition de la station debout et de la marche. Enfin, ces bébés ne sont allongés que durant 10% de leur temps d’éveil, pour 30% des enfants du même âge dans notre culture.
Au Sénégal, le sevrage est avant tout un rite de passage avant l’accession de l’enfant dans sa tranche d’âge. Il s’agit là d’une étape de l’évolution sociale du jeune enfant et non d’un traumatisme comme décrit plus haut.
L’avance sensori-motrice a été confirmée chez les nourrissons de la Côte d’Ivoire. Le bébé y effectue de nombreux déplacements sur le dos de sa maman. Il bénéficie ainsi de stimulations sensorielles variées, d’un climat affectif sécurisant et de nombreuses interactions sociales, toutes des conditions favorables à son éveil. Posé à terre, une éducation permissive lui donne accès à de nombreux objets utilitaires qu’il peut manipuler à son aise.
Chez les Kung, une tribu semi-nomade d’Afrique australe, les enfants sont sevrés vers 4 ans. L’allaitement y est complété dès 6 mois par des aliments prémastiqués. Le bébé Kung est aussi porté longtemps sur le dos de sa mère et il passe 70% de son temps au contact de sa mère (pour 20% environ dans nos pays occidentaux).
Dans beaucoup de sociétés africaines, les mères passent également de nombreuses heures à masser leur bébé et à le mobiliser. Ce contact est, lui aussi, favorable à l’éveil du bébé.
En Inde aussi, on retrouve une même attitude de proximité entre la mère et son enfant :
- massages
- bains
- exercices moteurs
- maquillage du visage
....
Tous ces soins sont donnés sur le corps de la mère, celle-ci étant assise sur le sol. L’enfant s’endort au contact de la mère ou bercé dans un hamac. Le maternage indien abonde en stimulations.
A l’inverse, on trouve une plus grande distance entre la mère et son bébé dans nos sociétés occidentales : chambre de bébé avec lit distinct de celui des parents, landau, table à langer, bébé parfois nourri à heure fixe, ... induisent une certaine distance entre la mère et l’enfant. Par contre, les contacts visuels et les échanges verbaux y sont nettement plus favorisés.
Il s’agit là de grandes tendances et aucune méthode ne se veut ni exclusive, ni meilleure qu’une autre.
Au Brésil, la proximité entre la mère et son bébé est médiatisée par l’usage du hamac. Le bébé brésilien s’endort dans les bras de sa mère qui se berce dans son hamac. L’enfant endormi est ensuite déposé dans son berceau-hamac. Dans cette culture, la mère cherche plus à apaiser son bébé qu’à le stimuler. La proximité mère-bébé est la meilleure protection contre la mortalité infantile, fort importante dans cette région.
La structure de la famille joue aussi un rôle important pour les soins aux bébés et leur transmission. La famille élargie, caractéristique dans les sociétés traditionnelles, favorise la coopération des femmes au maternage. La transmission des modes de soin se fait entre les femmes des différentes générations de la famille. Au contraire, dans les familles nucléaires des sociétés occidentales, la jeune mère a souvent moins de repères pour les soins aux bébés. Elle est plus anxieuse et à défaut d’avoir une mère à qui demander conseil, elle trouve ses infos dans des livres (ou sur Internet !).
Beaucoup de ces comportements issus des sociétés traditionnelles se retrouvent maintenant “importées” dans notre culture. Beaucoup de mamans ont opté pour un sac ventral ou latéral pour le transport de leur bébé, les massages des bébés deviennent pratique courante, les bébés sont nourris à la demande, souvent au sein, ... Les bébés profitent ainsi des avantages issus des différentes cultures..."